LA MAIN DU GRIMPEUR
par Dr François STRUBE

Le grimpeur progresse sur un rocher ou sur un mur l’escalade grâce ses pieds, ses mains, et le positionnement optimal de son centre de gravité.

Il utilise deux composantes physiques : la force et l’adhérence.

Au niveau de la main l’adhérence est assurée par l’orientation et la position de la main et des doigts qui épouseront le plus étroitement possible le relief.

Une fois la main posée, la force  imprimée sur les doigts permet au grimpeur de progresser.

Les doigts sont ainsi sollicités par des forces considérables, et les positions parfois utilisées telles que l’ « arqué » imposent aux tendons des contraintes énormes entraînant des lésions micro traumatiques ou traumatiques dont certaines ne se voient que dans cette discipline.
Il faut bien comprendre le fait que le corps est maintenu ou hissé par 2 doigts en crochet, ce qui représente un excès évident de contraintes sur le tendon (structure  de 5 à 8 mm de diamètre) alors que le muscle, grâce à l’entraînement préalable, aura pu acquérir le surplus de puissance requis par l’escalade, surtout de haut niveau.
Le tendon, lui, et toutes les structures ligamentaires, n’augmenteront pas leur résistance ni leurs qualités mécaniques, même à l’issue d’un entrainement intensif.
Les tendons et les ligaments sont donc les « points faibles » de la main d’un grimpeur.

On dénombre, en dehors des pathologies courantes retrouvées dans d’autres circonstances (professionnelle ou sportives) des problèmes spécifiques à la main du grimeur

La rupture de poulie est caractérisée par un craquement ressenti voire entendu lors de l’escalade, à l’origine d’une douleur vive sur la face palmaire de la première phalange P1 (celle près de la main).

La sangle (poulie) attachée à la phalange et maintenant le tendon au contact de l’os quelle que soit la position du doigt lors d’un effort en flexion se déchire sous la contrainte imposée par le tendon qui cherche à s’écarter de la phalange.

Le diagnostic est clinique (interrogatoire) avec parfois la vision d’un tendon qui « prend la corde » lors de la mise en position arquée simulée. Il existe une douleur sur P1. On confirme le diagnostic par une échographie auprès d’un examinateur rompu à cette pathologie.
Le traitement est souvent médical (repos + bague si rupture incomplète) et parfois chirurgical surtout chez les grimpeurs de haut niveau.

La ténosynovite des fléchisseurs (surtout le « superficiel ») est le stade précédant la rupture de poulie. Le doigt est gonflé, avec une douleur à la pression de la paume à la racine du doigt, et une position en semi flexion du doigt dont l’extension passive complète devient douloureuse.

La rupture du lombrical est une pathologie récemment décrite qui survient lors d’un monodoigt avec le majeur, les autres doigts étant en flexion maximale (refermés dans la paume.

Les grosses articulations digitales se rencontrent chez les grimpeurs intensifs ou professionnels. Les sollicitations permanentes et fortes en hyperextension ou dans les plan frontal (sur les côtés) s’apparentent en fait à des entorses répétées conduisant à un épaississement chronique des ligaments stabilisant l’articulation.

Plus qu’une pathologie, il s’agit d’une déformation par hyperutilisation/sollicitation de ces articulations. Il n’y a pas de traitement. L’évolution vers l’arthrose n’est pas exceptionnelle.

En résumé la pathologie spécifique de la main du grimpeur est avant tout tendineuse et ligamentaire.

L’analyse clinique est essentielle, et sera d’autant mieux comprise par le praticien qu’il pratique l’escalade lui même. La circonstance avec laquelle l’accident ou la douleur est survenu impose effectivement à l’examinateur de connaître la « prise » avec laquelle la main était utilisée.

Le traitement est les plus souvent médical (avec physiothérapie) sauf pour les réparations chirurgicales des ruptures de poulie chez le grimpeur de haut niveau.